• Contes et légendes de nos régions

    J’ai découvert hier une légende racontée par mes auteures de Morsure au clair de lune tome 1.

    Et cela m’a donné une idée ! 


    J’ai donc mis sur pied un projet, qui va s’appeler « Légende de nos Régions », que je publierai ici, au fil de ce que vous me donnerez et également de ce que je glanerai de mon côté.

    Je lance donc aujourd'hui un APPEL à Textes

    Si vous connaissez une légende, un conte, de votre région ou d'une autre alors envoyez le moi, mais uniquement en MP.

    Je le mettrai à l'honneur ici et le partagerai ensuite sur ma page Facebook, en vous faisant de la pub au passage !

    Voilà j'espère que cette idée vous plaira....

     

     

  • D'où viennent tous ces sapins?

     

    En ce temps-là, nos chères montagnes n’étaient qu’une vaste lande déserte, dont les sommets déjà érodées formaient des vagues de collines tel un océan de pâturages sur un fond de ciel bleuté. Sur la plus élevée de ces éminences vivait un homme au caractère rendu entier par l’absolue solitude dans laquelle il demeurait. Il cultivait un petit potager dans la douce pente qui s’étendait devant sa maison, construite au sommet de la plus haute colline. Lorsqu’il ne travaillait pas cette terre dépouillée, il restait assis sur un banc de bois à regarder l’horizon, les coudes posés sur ses genoux. Le ciel était aussi limpide que la lande était déserte. Pas un nuage n’en troublait le bleu infini et pas un arbre ne corrompait les croupes terrestres. La nuit, les étoiles, parfois un morceau de lune, remplaçaient l’ardent soleil et une légère brise faisait frissonner l’herbe rase.

    L’homme rentrait dans sa maison bâtie tout au sommet de la plus haute butte, mais il aurait pu tout aussi bien dormir à la belle étoile tellement la température était constante et agréable. Eté comme hiver, les degrés restaient figés dans une douceur satisfaisante. Quelques poignées d’herbe rase plus rêche suffisait à alimenter le maigre feu qui permettait de cuire les légumes qu’il cultivait afin d’en produire une soupe dont il se délectait matin, midi et soir. Les jours s’enchainaient comme un collier de perles, tous identiques, ponctués des mêmes rites. N’importe qui aurait trouvé cela ennuyeux mais l’homme se satisfaisait pleinement de cet état permanant des choses. Rien de bougeait. Immuable comme l’éternité.

     

    Un soir, alors qu’il allait rentrer dans son logis, l’homme remarqua une tache assombrie sur l’horizon. Intrigué, il scruta davantage le ciel. Ses narines le renseignèrent sur un air plus vif. Le vent, qui jusque-là n’avait fait que frémir les modestes brins d’herbe des pâturages alentours, se gonfla comme les poumons d’un nageur juste avant le plongeon. La marque sombre à l’horizon s’enfla comme un ballon qui se dilate sous la chaleur et sa couleur foncée gagna en intensité. Le vent forcit. L’air devint palpable. Une rude bourrasque ôta le chapeau de l’homme solitaire tandis que la moitié du ciel virait aux ténèbres les plus obscures.

    Surprit par cette soudaine inconstance des éléments, l’homme resta pantois quelques minutes puis il fut tiré de ses rêveries par un éclat d’une lumière si vif qu’il aveuglait quiconque osait le regarder en face. Jamais, du plus loin qu’il fouilla dans sa mémoire, jamais il n’avait été témoin d’un tel cataclysme. De pesantes secondes s’écoulèrent. Puis un roulement indéfini d’abord, puis qui semblait se répondre d’une colline à l’autre, un grondement sourd, qu’on pensait venir du tréfonds des entrailles de la Terre se répandit d’un horizon à l’autre, englobant un air électrique. A peine la rumeur s’éloignait-elle, que un second trait lumineux éblouit le ciel, le saignant d’une lumière plus que blanche comme une blessure éclatante infligée à de sombres chairs. L’homme détourna le regard, puis dû se murer les oreilles de ses grandes mains rugueuses car le grondement retentit sitôt avec plus de promptitude et d’intensité qu’auparavant. Cela allait crescendo. Cela se rapprochait. Une vraie tempête se déclenchait. Un orage de tous les diables.

    L’homme couru dans sa maison, s’enferma non pas à double tour, qu’avait-il besoin d’une serrure? Il bloqua la lourde porte et remercia la divine providence d’avoir quatre murs entre lesquels s’abriter de ce vent qui n’avait aucun aliment à se mettre sous la dent, sur ces collines stériles, abandonnées de toute construction. Il n’y avait rien à déraciner, rien à écrouler, rien à abattre. Un repas inexistant pour le vent qui s’obstinait sur la seule structure debout sur cette lande nue, la maison de l’homme solitaire. Ses puissantes rafales glacées faisaient gémir les murs, la lourde porte émettait des râles inquiétants. S’engouffrant dans la cheminée, le vent la fit ronfler comme une turbine.

    Puis la pluie cingla les vitres des fenêtres et l’homme se réjouit d’avoir pensé à condamner aussi ces ouvertures. L’humidité le fit frissonner pour la première fois. Il trembla des pieds à la tête, secoué de spasmes qui lui glaçaient l’échine au plus profond de son être. Il ressentait cette froidure jusque dans ses os, au cœur de son être. Il jeta les dernières poignées d’herbe rêche pour attiser un pâle feu dans la cheminée qui rugissait comme le plus féroce monstre issu du plus sauvage bestiaire.

    Mais cela ne suffisait pas à le réchauffer. En désespoir de cause, il fit tomber la lourde armoire qui s’éparpilla sur le sol de terre battue en mille morceaux. Le feu reprit d’une toute nouvelle intensité. Jamais au plus profond de sa mémoire il n’avait vu de flammes plus voraces. Le feu enflait, crépitait et lançait des flammèches jusqu’au milieu de la pièce. Bientôt il fit chaud. Mais les éléments continuaient de se déchainer à l’extérieur de la maison qui devenait un navire en perdition. Le vent poussait les moindres gouttes d’eau au travers des plus petites fissures et l’homme dû se résoudre à alimenter son sauveur le feu avec tout ce qu’il lui restait à consumer: les deux chaises, le long banc, la grande table, quelques étagères et même une statuette de biche qui était sa seule compagnie. Le feu remerciait l’homme de ce festin en envoyant des étincelles et en gémissant d’aise, faisant craquer les morceaux de bois sous d’infimes explosions de contentement. Ca pétillait, ça grésillait, ça étincelait, ça brésillait, ça éclatait, ça pétait en tous sens. Une fumée grisâtre s’élevait en volumineux panaches du toit de la maison toujours fière sur la plus haute colline, voletait dans l’air battu par les vents toujours plus offensifs et provocants, puis retombait doucement sur le sol, recouvrant les flancs de toutes les collines d’un mince manteau de cendres.

    Mais la tornade ne se résignait pas. Elle redoubla d’ardeur au moment même où on en supposait le terme. Cette nouvelle attaque fut fatale à la maison disposée comme un phare sur la plus haute des collines.

    Une à une les pierres furent délogées et projetées dans la pente dans un fracas qui faisait écho au tonnerre qui continuait d’assourdir les cieux. L’homme courait en tous sens sous l’averse vigoureuse, tentant de retenir les moellons qui dévalaient la colline. Bientôt il ne resta plus qu’une seule et unique brique. Devant tant de désolation, ’homme solitaire s’assit et, prenant sa tête entre ses deux grandes mains calleuses, il pleura.

    La pluie avait cessé, mais le vent demeurait farouche. Ses larmes furent emportées par le souffle robuste du blizzard, elles volèrent haut dans le ciel, à une altitude où l’air plus frais les changea en minuscules étoiles. Les cristaux s’agglomérèrent entre eux et, pour la première fois sur ces austères collines, il neigea.

    Les flocons recouvrirent le sol d’un épais manteau protégeant les cendres retombées après la flambée des meubles de l’homme solitaire. Bien à l’abri du froid et de la tourmente hivernale, elles s’enfoncèrent dans le sol plus doux et commencèrent à germer.

    Au printemps, la neige fondit, formant de nombreux torrents et ruisseaux. Parfois, l’eau rencontrait une des anciennes pierres de la maison disparue et une cascade jaillissait, bondissant par-dessus les rochers disséminés dans la pente. Dans le creux des vallées, des lacs se formèrent et les premières pousses émergèrent sur les flancs de toutes les collines, enserrant les étendues d’eau.

    Aujourd’hui, la forêt Vosgienne s’étend partout, excepté sur les crêtes où le vent a balayé la neige et les cendres du grand feu. Les torrents continuent d’alimenter les nombreux lacs et on peut encore rencontrer de gros blocs éparpillés sur les flancs des collines.

    Si les essences sont différentes, c’est tout simplement que les meubles de l’homme solitaire étaient fabriqués de plusieurs types d’arbres. Le banc en hêtre, la table en merisier, l’armoire en sapin, ses étagères en mélèze y compris la statuette de la biche façonnée en orme.

     

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  • Conte des 4 saisons

     

     

     

     

     

     Mettez la vidéo en route pendant votre lecture..... C'est divin...

     

    Il y a longtemps, bien avant que la mémoire de l'homme puisse se souvenir, régnait sur les terres un personnage dont les actes ne souffraient aucune contradiction, ses décisions étaient irrévocables et ses choix éternels. 

    Ce tout-puissant, nous allons le nommer "le Temps" bien qu'il soit trop souverain pour n'être réduit qu'à un seul nom. Il était partout, sur les terres et dans le temps, son étendue n'avait aucune limite. 

    Le Temps avait quatre filles.

    La première se nommait Printanelle. Elle avait de longs cheveux ébène qui tombaient en boucles jusqu'au milieu de son dos. Elle était toujours souriante, parlait aux oiseaux et adorait les fleurs. Chaque matin, elle revenait des prés et des bois, les bras chargés de toutes sortes de fleurs mêlant les parfums les plus fins et les couleurs les plus chatoyantes. Printanelle aimait boire l'eau vive des sources de la montagne. 

    La seconde des quatre filles avait pour nom Estivelle.

    Sa beauté n'avait aucune limite. Ses cheveux d'un blond doré lui donnaient l'air d'être illuminée en permanence, par un soleil doux et radieux. Estivelle chantait tout au long du jour, gambadait parmi les arbres et les plantes et mordait volontiers dans les somptueux fruits offerts à sa bouche, puis grignotait les diverses baies des petits arbustes. 

    Automnelle était la troisième.

    Son air mélancolique et un peu triste rehaussait sa beauté. Elle aimait à rêver la nuit, sous un clair de lune. Elle écrivait de somptueux poèmes et avait un faible pour la peinture, n'avait-elle pas créé de nouvelles couleurs ? 

    La dernière des quatre filles était sans doute la plus belle, ses traits d'une finesse infinie, son nez droit ponctuait un visage doux et en même temps, d'une froideur glaçante. Ses yeux étaient si clairs qu'ils reflétaient même le clair de lune. Sa blondeur virait au blanc. Hivernelle puisque tel était son nom, ne s'habillait qu'en blanc et ne portait que des souliers argentés. 

    Pendant des années et des années, le Temps vécut en maître absolu sur les pierres et les rochers, sur la terre et le sable, sur les plantes et les arbres, sur les insectes et les oiseaux. Même les grands animaux ne contestaient pas sa supériorité. Ses quatre filles lui obéissaient, sans qu'il ait à prononcer la moindre parole désobligeante. 
    Cependant, une jalousie profonde existait entre les quatre sœurs.
    Elles étaient si différentes les unes des autres, qu'elles se vouaient une haine tenace, en cachette de leur père, pour lequel elles n'avaient qu'amour et respect. Elles cachaient leur jalousie, si bien qu'il ne vit jamais que ses filles n'avaient de bonté, que pour lui. En eut il été informé que sa colère aurait été immense, personne pas même ses propres filles ne devaient contredire le Temps, ni lui tenir tête. 
    Pourtant, même les êtres bons et généreux, même les êtres les plus puissants de l'univers, même les Dieux au pouvoir légendaire, même les maîtres de l'éternité viennent à mourir. Le Temps s'éteignit donc  un beau jour. 
    Ses quatre filles eurent un chagrin immense, jusqu'à ce qu'il faille lui succéder.
    Le Temps aimait tellement ses filles d'un amour égal, qu'il n'avait pas pu choisir celle qui prendrait sa place.
    Alors, la jalousie entre les quatre sœurs éclata au grand jour. Le ciel se couvrit d'ombres menaçantes. Chacune voulu régner sans partage. 

    Hivernelle, la plus belle mais aussi la plus froide, la plus dure, imposa son autorité par sa force.

    Dès lors, une épaisse couche de neige recouvrit tous les mondes, le froid régna en maître dans le ciel.
    Tous les animaux furent enchantés. Jamais ils n'avaient vu de telle beauté. La blancheur aux reflets bleutés s'étendait partout. Les ruisseaux s'étaient changés en sculpture de glace digne des plus grands architectes. Partout n'était que beauté éclatante, le soleil brillait et se reflétait sur l'immensité immaculée. Les animaux jouaient et riaient. Cela dura des jours et des lunes.
    Puis, ils commencèrent à se lasser de n'avoir pas d'eau à boire; le froid s'intensifiait et même les plus épaisses fourrures ne pouvaient plus les protéger, les paysages leur parurent de plus en plus monotones. Ils allèrent tous ensemble trouver Printanelle afin qu'elle puisse changer ce monde silencieux, froid et figé. 

    Hivernelle rejetée, Printanelle prit le pouvoir sur les éléments.

    Aussitôt, les couleurs réapparurent. Des milliers de fleurs de millions de couleurs s'ouvrirent, les oiseaux sortirent enfin de leurs nids.
    Une douceur remplaça le terrible froid, beaucoup d'animaux endormis se réveillèrent. L'eau coula à nouveau dans les ruisseaux, les rivières, toutes les plantes se déplièrent, offrant leurs vertes feuilles au soleil. Tous les animaux avaient retrouvé leur joie et leur bonheur.
    Tous gambadaient parmi les herbes et les plantes. Les arbres étaient fiers d'avoir à nouveau de jolies feuilles à leurs branches si longtemps nues. Les animaux jouaient et riaient. Cela dura des jours et des lunes.
    Mais à nouveau, ils commencèrent à se lasser de la beauté des fleurs qui ne donnaient jamais de fruit à manger. Bientôt tous les ventres vides ne purent se consoler d'eau claire à boire. Ils allèrent trouver Estivelle pour se plaindre de sa sœur. Ils lui demandèrent de faire quelque chose sans quoi le malheur allait à nouveau frapper le monde. 

    Ainsi, Estivelle remplaça Printanelle.

    Très vite, les fleurs laissèrent place à de somptueux fruits, tous plus délicieux les uns que les autres. Un parfum s'élevait, plus dense qu'auparavant, les fruits juteux et sucrés faisaient le bonheur de tous. La chaleur augmenta également et les derniers animaux les plus frileux purent se réveiller. Tout le monde gambadait, jouait et chantait. Ils n'avaient jamais vu un aussi beau monde. Chacun était heureux. La nature exultait. Une grande joie courait parmi tous les animaux et les plantes. Le monde parfait existait enfin. Les animaux jouaient et riaient. Cela dura des jours et des lunes. La chaleur était de plus en plus lourde et bientôt quelques-uns commencèrent à se lasser. De plus en plus souvent, le soir, de grandes zébrures déchiraient le ciel dans un tonnerre assourdissant.
    Très vite, les animaux furent fatigués de trop de chaleur, de la peur de l'orage. Ils allèrent trouver Automnelle pour lui demander d'intervenir. 

    Ainsi, Automnelle remplaça Estivelle.

    Et le monde fut enchanté. Jamais ils n'avaient vu autant de magie dans les paysages, autant de mélange de couleurs. La chaleur décrut et chacun put dormir sans peur de l'orage dans le ciel.
    Les fruits furent plus fins, plus délicieux. De grands nuages peignirent le ciel de dégradés de gris. Le monde n'était plus que beauté. Tout le monde était enfin rassuré : ils avaient trouvé un monde idéal où il ferait bon passer le reste de ses jours. Un monde paisible et beau. Les animaux jouaient et riaient. Cela dura des jours et des lunes. Puis quelques-uns commencèrent à trouver cela un peu triste. Tous ces nuages de gris, de brun, de marron, cela manquait de couleur, cela manquait de fleurs, de ruisseaux légers murmurants, Cela manquait de fruits sucrés et juteux, cela manquait de grandeur, de beauté blanche et froide.
    Les animaux éternels insatisfaits allèrent trouver les trois autres sœurs et chacun parla. Cela dura longtemps.
    Les animaux à fourrure se rangeaient derrière Hivernelle : avec elle uniquement ils n'avaient pas trop chaud. Les oiseaux se trouvaient en compagnie de Printanelle : toutes ces fleurs pour eux ! Les animaux un peu tristes et peu porté sur l'exercice, demandaient à Automnelle d'être de leur côté. Les plus gourmands voulaient qu' Estivelle soit leur reine. 
    Cependant, toute cette assemblée se mit d'accord. Cela prit des jours et des lunes. Puis on trouva la solution qui arrangeait chacun. Puisque chaque sœur avait d'agréables moments, il suffisait de se les partager. Les quatre héritières et le monde entier inventèrent alors les saisons.. 
    L'année qui appartenait en son entier au Temps allait être séparée en quatre parts égales où régneraient, chacune à leur tour, ses quatre filles. 

    Hivernelle serait la reine de la neige et du froid.

    Printanelle serait celle des fleurs.

    Estivelle régnerait sur la chaleur et les fruits.

    Enfin Automnelle serait la reine de la beauté et des couleurs. 

     

    Ainsi, depuis ces temps très reculés, se déroulent, à la suite, chaque règne des quatre sœurs, des quatre saisons. Cet équilibre est fragile, nous venons de le voir.

    Il suffit qu'une des quatre sœurs soit davantage adulée, pour que le chaos s'installe.

    Il est bon d'apprécier chacune avec la même ardeur, et de profiter du meilleur des quatre sœurs, des quatre saisons, chaque jour, car très vite, la saison suivante arrive. 

    Ne jamais profiter le lendemain, du bonheur et de la beauté de chaque jour.

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  • La bête des Vosges

     

    Le titre s’étalait à la une de l’Est Républicain, sur quatre colonnes, en lettres bien grasses.

    On ne pouvait pas le rater. On commençait à frissonner à son évocation. Les enfants étaient terrorisés, les vieilles se signaient,  toute la vallée était sens dessus dessous.

    Ca recommençait.

    - Ce n’est pas ça qui va rameuter les touristes, se plaignit Monsieur Claudel, patron du plus grand hôtel de la vallée.

    - Sans parler que ça va mettre une belle pagaille dans les esprits, renchérit le petit Marcel, habitué des conversations de comptoir.

    - Vous allez voir que tout le monde va soupçonner son voisin d’ici peu, avança le tenancier du bar "Les Copains".

    - C’est encore une magouille politique !invectiva un des joueurs de cartes, attablé dans un coin de la salle.

    La mère Michel qui ne promenait pas son matou ce jour-là conclu le débat :

    - N’allez pas chercher midi à quatorze heures! C’est simplement une affaire de jalousie ou de vengeance ou les deux à la fois, avant de lâcher un de ses habituels :

    - Ah ! Ces hommes !

     

    NOUVELLE VICTIME - LA BÊTE DES VOSGES EST DE RETOUR.

    Les lettres avaient marqué les esprits. Les mots s’étaient imprimés dans la tête de tous, en caractères encore plus gras et plus importants, que sur le papier. Nul besoin de photo (inexistante d’ailleurs) pour enflammer les plus vives craintes, rouvrir les peurs ancestrales.

    Une bête était aux portes du village, attendant patiemment de passer à l’attaque.

    L’article ne comprenait que deux malheureuses colonnes page six. On ne savait rien en fin de compte.Le journaliste avait misé sur la vitrine, mais son stock était quasiment inexistant.Une dame était décédée hier, à l’hôpital d’Epinal, des suites d’une morsure fatale. Le correspondant ne s’étalait pas dans les détails, il n’y était question que de souffrance atroce, comme si tous les muscles de la victime s’étaient vrillés, tordus par une puissance inconnue.

    La rumeur allait bon train, se répandant dans toute la vallée comme une trainée de poudre, sentant le souffre. Déjà plusieurs personnes l’avaient vue, cette monstrueuse bête. Son portrait-robot était difficile à cerner, tellement l’imagination humaine est fertile. Certains décrivaient une sorte de loup atroce, aux yeux rouges, le poil hérissé, à peine entrevu à la lisière de la forêt.

    D’autres avaient clairement vu un plantigrade assez trapu mais pas d’une grande taille toutefois. Il poussait des grognements qui vous glaçaient les sangs.

    Quand, une semaine plus tard, la une du quotidien reparla de la bête, ce fut la consternation des esprits rationnels et le délire enfin libéré de tous les autres, de loin les plus nombreux.

    Cette fois la victime était un homme d’âge mûr, hospitalisé quelques semaines plus tôt pour d’étranges symptômes jusqu’ici inconnus. Il avait, lui aussi, la marque précise de la morsure de l’animal.
    On enquêta. On questionna. Il n’en fallait pas davantage pour enflammer la vallée, terrorisant les esprits les plus faibles. Le journal en parlait chaque jour, parfois il en faisait sa Une, lorsqu’aucune info spectaculaire ne surgissait de ce monde devenu fou.

    On parlait beaucoup. Dans les chaumières. Mais aussi au café de la place. Le Dimanche matin sur le parvis de l’église. Dans les ateliers et les bureaux.

    Une grande majorité avait aperçu le sanguinolent monstre ; ou s’ils ne l’avaient pas croisé de loin, ils étaient persuadés de sentir sa présence non loin de leurs pas.

    Les petites vieilles et les enfants impressionnables ne sortaient plus. D’autres, plus intrépides ou désirant accéder à la gloire, parcouraient sans relâche les bois et les forêts. Lorsqu’on la cherchait, la bête devenait invisible.

    Un jour, on vit arriver un énorme véhicule immatriculé dans la capitale. Dès le soir, il était question de « la Bête des Vosges » au JT de vingt heures.

    Les habitants de la vallée étaient désormais partagés entre une peur irrationnelle et une fierté bien réelle. Un écrivaillon publia un imposant volume qui connut un grand succès de librairie. La bête du Gévaudan n’était à ses yeux qu’une pâle copie de la monstruosité et de la soif de sang de notre animal tueur d’hommes.

    Une troisième victime enflamma des esprits déjà surchauffés. Même si la mort de ce malheureux vieillard n’était peut-être pas imputable à la fatale morsure de l’animal, son état de santé étant des plus faibles depuis des années, tout le monde s’accorda à considérer la Bête comme seule responsable.

    Une battue fut organisée. Sans succès sauf celui de conférer au phénomène des propriétés dépassant de loin le règne animal.
    Pour beaucoup, c’était un loup-garou. Les plus scientifiques parlaient d’organisme génétiquement modifié par un savant fou ou par les militaires américains en vue d’une opération qui aurait échouée.
    Des esprits tortueux pensèrent à une vengeance de la part d’un malade mental ou d’un gauchiste qui aurait dressé un gros chien à s’attaquer à la foule.

     

    L’étau se resserrait. On commença à soupçonner son voisin. N’était-il pas original dans sa façon de vivre? On ne le voyait jamais au marché, lors des rassemblements festifs au village.

    Cet autre vivait au fond des bois, c’était douteux.

    Celle-là recueillait tous les chiens et chats abandonnés, elle aurait bien pu élever un lynx et en faire un tueur pour venger les animaux maltraités par une espèce bien plus cruelle que la vie sauvage.

    Celui-ci était sans travail depuis des mois, d’où lui venait sa subsistance si ce n’est d’un commanditaire pour lequel il avait créé ce monstre qui terrorisait la vallée toute entière.
    Quelques rares esprits éclairés raisonnaient en pure perte.

    Le curé, grand humaniste, fit un sermon appelant au plus calme mais devant une église vide, des chaises inoccupées. Charles le menuisier répétait inlassablement que les seuls bénéficiaires de ce triste spectacle étaient les journalistes et les pharmaciens, la demande en calmants et antidépresseurs ayant explosé. Personne n’écoutait.


    On annonça même la fin du monde.

    Et la bête courait toujours, insaisissable. On repéra des traces inconnues, à moitié celles du lynx, à moitié celles du sanglier. On imagina une créature mythique, échappée des contes et légendes médiévales ou plus ancienne encore. On murmura l’arrivée de l’antéchrist. La vallée était en pleine ébullition. Une nouvelle victime effaça les dernières lueurs de raison. La folie s’était totalement emparée des esprits. Tout devenait possible.

    On fit abattre le chien de la vieille Léondine, pourtant si paisible, sous prétexte que ses empreintes étaient celles de la bête. D’autres gros chiens firent les frais de cette folie douce. Cette année-là, les chasseurs s’en donnèrent à cœur joie. Il y eut même un accident mortel, le père Alfonse confondant son ami de trente ans avec la célèbre Bête. Il succomba à ses blessures et Alfonse fut relaxé, mettant en avant de sombres circonstances atténuantes produites avec talent et brio par le meilleur avocat du barreau. 

    Les rumeurs sont comme un grand feu de la Saint Jean. L’embrasement est rapide, impressionnant. Elles consument l’enchevêtrement de potins et de commérages, alimentés par cet oxygène qu’est la bêtise additionnée d’ignorance. Pour entretenir ce brasier, le souffle provient désormais uniquement des médias. Lorsque l’actualité proposa d’autres os à ronger, les journaux se désintéressèrent du sujet.
    On n’en parlait plus que dans la vallée. La bête n’avait pas fait d’autres victimes.


    Puis un jour, la dernière page du quotidien publia un article signé d’un professeur de médecine, exerçant au C.H.U de Nancy. Une sommité !

    La révélation datait de quelques mois, mais on n’avait pas pris la peine de l’imprimer à l’époque.

    On n’estimait pas sa pertinence à sa juste valeur à ce moment-là.

    Le rédacteur en chef se défendit d’en avoir eu vent, le journaliste auquel était parvenu le communiqué, avança l’excuse de recevoir tant de lettres, de billets et de dépêches, que cela ne l’avait pas alerté.


    Débarrassé de termes médicaux pompeux et trop techniques, l’article expliquait succinctement que la morsure mortelle avait été reçue lors de balades en forêt, en traversant taillis ou hautes herbes folles.

    Le patient ne développait les premiers symptômes indolores - juste une petite démangeaison - que quelques jours après l’attaque.

    S’en suivait des mois, parfois des années, avant que la pathologie ne devienne mortelle.

    Cela concernait un infime pourcentage de la population mordue et décimait bon an mal an, moins de cinq personnes sur le territoire.

    En revanche, toutes les expressions de la maladie, étalées avec force détails dans la presse étaient rigoureusement véridiques. La maladie véhiculée par cette morsure s’attaquait au système nerveux, paralysant les muscles dans d’atroces souffrances.

    L’enquête d’un journaliste intègre, qui n’avait pas eu l’honneur d’être publiée à l’époque où se déchainait la vindicte populaire, fut ressortie à l’occasion, épousant mot pour mot le communiqué de l’éminent professeur.

    La bête des Vosges, monstre assoiffé de sang, se nourrissait effectivement du sang de ses victimes, tel le plus repoussant des vampires et c’était bel et bien un monstre hideux, si l’on zoomait l’animal plusieurs dizaines de fois. La photo reproduite au dos du journal donnait des  frissons dans le dos.


    La gueule collée à un abdomen gigantesque posé sur huit pattes poilues, l’assassin posait pour la postérité.

     

    Une tique des bois...

     

     

     

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  • Les sorcières de Sallèles

     

    Les sorcières de Sallèles

     

    Une légende racontée par mes auteures de Morsure au clair de Lune...
    J'espère que leur livre trouvera un éditeur et leur souhaite le succès qu'elles méritent....
    Nous en reparlerons surement ... 

    Leur page est   ICI - Clic

     

     

    Les Salèlles (48230) à côté de Chanac est un petit village situé sur la rive gauche du Lot, connu pour son pont en dos d’âne à deux arches, ce qui en fait plutôt un pont en dos de chameau, à moins qu’il ne soit l’œuvre de l’ingénieur de génie civil Mc Donald dit « double arche ». Le pont construit en 1669 conserve une belle croix en pierre sur l’un des parapets. La paroisse a desservi jusqu'en 1300 une partie des hameaux du territoire du Villard. Il y avait au milieu du XIIème siècle un prieuré que l'évêque de Mende céda en 1155 à l'abbaye Saint Victor de Marseille. Dédiée à Notre-Dame-de-Bon-Secours, l'église était un lieu de pèlerinage ancien et renommé, a été ravagée par les troupes huguenotes de Mathieu Merle en 1562.

    I - La nourriture c’est leste

    Les faits se passent en l’an de grâce 1648. Ce fut une année de famine, à tel point qu’à la fin des récoltes, devant la maigreur de celles-ci, on parla de 1648 comme l'an d’étroit grâce. L’année fut également marquée par une affaire judiciaire sordide. Alors que la plupart des habitants du comté crevaient de faim, quelques bourgeois cossus, nobliaux à privilèges ou propriétaires de fermages exhibaient indécemment des panses remplies et remerciaient cyniquement le petit jésus pour leurs peaux du ventre bien tendues. Parmi eux quelques juifs de Montjézieux, qui, profitant de l’interdiction faite aux catholiques de pratiquer le prêt à intérêts, faisaient dans la banque usuraire, une des rares activités qui leur était permise et dans laquelle seuls les Lombards leurs faisaient concurrence. Mais il y avait peu de Lombards en Gévaudan à cette époque, juste quelques courtes tavernes.

    Une de ces familles à la religion suspecte et à l’embonpoint coupable fut une nuit victime des damnés de la terre. Quelques squelettiques paysans, acculés par la faim, après avoir dévoré leur troupeau en avaient été réduits à bouffer un ancêtre, du cheptel et du papet faisant étable rase. A la tombée de la nuit de la journée du trente novembre, ces forçats de l’Avent attaquèrent la famille israélite et se livrèrent à un cannibale holocauste. Ils assassinèrent, dépecèrent et mangèrent le mari dodu, sa femme replète et deux jeunes filles potelées. Trois garces à leurs yeux sur lesquelles ils espéraient se refaire un peu de graisse. Ils ingurgitèrent tout sauf les pavillons de l’ouïe, car ventre affamé n’a pas d’oreille. Entre deux bouchées de foie juif, ils furent prit d’une bouffée de foi chrétienne et épargnèrent la plus jeune, une enfant prénommée Christelle. Par la suite, cette nuit de cauchemar anthropophagique sera connue comme la nuit de Christelle.

    L’affaire fit grand bruit. Que la faim ait pu pousser des êtres humains à en manger d’autres était intolérable. Qu’il n’y ait pas eu de potage dans l’antre des anthropophages n’était pas une justification et que les victimes aient été des juifs ne cachait en rien l’horreur de l’acte. Même si des pogroms avaient lieu ici ou là en Europe à cette époque, que la très sainte inquisition elle-même organisait des grillades de juifs ou d’hérétiques, passait au pal les sorciers ou écartelait les maures jusqu’à en faire des galettes de Sarazins. La justice s’empara immédiatement de l’affaire, les ogres furent jugés, déclarés coupables et condamnés à mort. Pour les punir de leur infâme civet, ces gibiers de potence finirent sur le gibet.

    II – Une belle fait gore

    Mais ce n’est la que le premier épisode de faits qui scellèrent 1648 dans l’histoire gabalitaine. A quelques lieues de Montjézieu, au village de Sallèles, vivaient une très vieille femme et sa fille. Habitant une chaumière isolée, sans homme, suspectées de ramasser les champignons alors considérés comme plantes du diable, les deux femmes sentaient le soufre. Mais il n’était pas rare qu’elles soient consultées par des souffrants, car elles savaient les plantes, les articulations, bref, elles étaient guérisseuses. Elles savaient préparer les philtres, les onguents et toutes les potions médicinales. Pour cela, elles avaient besoin d’ingrédients parfois aussi surprenant que rares, notamment la mandragore, plante dont la racine a vaguement forme humaine, et qui, conservée dans du lait est censée se transformer en génie protecteur, à condition de le traiter avec égards sans jamais rien lui reprocher, le génie grondé pouvant se retourner contre son propriétaire qui ne l’honorerait pas de bals, sacs ou autres cadeaux.

    La mandragore ne pousse que sous les potences, naissant de la rencontre de terre et de sperme de pendu pour une fécondation in terreau. Lorsqu'elles surent qu’une pendaison allait avoir lieu, dont celle d’un homme, nos deux Sallèliennes se mirent en quête du précieux végétal. La mort par pendaison provoque chez les mâles une intense érection.. Il suffit alors de se livrer à une partie de suce-pendu sur le pendard bandant pour qu’il épande sa substantifique moelle sur le sol, et que du dernier jet de son poireau pousse la plante magique. La plus vieille, mais encore belle, se livra à l’extraction de la sève, sa bouche édentée facilitant la récolte; bien que l’engin du bougre fût modeste. Mais comme on dit, le vit ne fait pas l’émoi. La vieille à la peine hisse la verge. Ce qu’elle fait la, si on venait à la surprendre, serait une source d’ennuis. Cette façon de sucer un pauvre diable par la queue était très risquée, il ne fallait pas être découverte. En plus des risques de maladies, le pompe funèbre était catalogué comme crime grave. Et l’entreprise de nos deux gaillardes eut un témoin qui s’empressa d’aller rapporter la scène au curé du Villard en son église de Notre-Dame-du-Bon-secours. La mandragore consola la vieille l’espace d’un instant.

    Au moyen-âge, un tel témoignage passé au prisme de la religion omniprésente, modifiait ipso-facto le statut des mis en cause. De guérisseuses, elles devinrent naturellement sorcières, et leurs recherches agronomiques se transformèrent en sabbat au cours desquels elles s’ébattaient avec le diable en personne. A ce stade d’accusations, le bat ne blesse plus, c’est un très sale coup qui frappe les deux femmes dont on va se charger de battre la coulpe.

    III – Le bûcher de noël

    Déferrées devant le tribunal avec des fers aux poignets et aux chevilles, les deux accusées n’étaient pas fières. Elles eurent beau faire de clamer leur innocence, rien n’y fit. Elles furent soumises à la question et devant leur peu de répondant, leur culpabilité fut prononcée. Elles furent condamnées à subir le supplice de la roue avant d’être brûlées vives. Attachées en croix sur la roue, le bourreau devait briser les articulations des prévenues. Il leur montra son lourd bâton en bois. Il le prit en regardant les garces, puis il rompit le pin et le montra a ces dissipées. De même il prit une coupe de levain, la montra aux deux disciples, et en jeta là ou coulerait le sang pour le coaguler, le sang de la vengeance nouvelle et éternelle, versé par les innocents et la multitude en rémission de leurs péchés. Sang qui ne devait pas trop couler de sorte que les suppliciées soient encore assez vivantes pour être brûlées dans les règles de l’incinération rituelle et de l’art dit « chaud ». Friand de viande battue puis cuite, le peuple assistait à se spectacle haut en couleurs et en sons, et particulièrement élevé en bas-instincts.

    Si cette affaire est restée dans les annales de la justice gabalitaine, c’est parce qu’avant d’être exécutées, les deux guérisseuses n’eurent guère d’issues pour se disculper. Sauf à demander à leurs patients de témoigner en leur faveur. Et c’est la liste de ces patients qui fit scandale. Furent cités le prévôt de Mende, cinq comtes du Gévaudan sur sept, divers lieutenants des armées, des prêtres dont un évêque, des notaires, des banquiers, des gens du sud, du nord, de l’est et de l’ouest, de Florac à Saugues, de Villefort à Nasbinals. C’est une bonne partie du gotha local qu’on nota dans la clientèle, ce qui se raconta partout. Ces puissants allaient-ils franchir la ligne et venir au secours de leurs deux soignantes ? Franchiraient-ils les sommets de leurs peurs à la fin des hardies côtes ? Non, ce col, gotha ne le passa point, laissant aux mains calleuses du bourreau le destin des deux dames. Leurs cœurs étaient trop secs pour se mouiller dans une affaire aussi dangereuse. Aucun puissant ne reconnut avoir consulté les guérisseuses et ces dénégations les envoyèrent aux fumigations. Ils firent bloc et ce resserrement d’hypocrites eut raison des deux médecins. Toutefois, leurs noms restent tachés de leur avanie. On brûla les sorcières le 25 décembre, soit deux mois avant le mercredi des cendres.

    Un seul être se dressa pour tenter de sauver les deux femmes, un nain qui était au service du trésor royal et chargé de la collecte des impôts au nom du Roi en terre Gabale. A peine eut-il annoncé qu’il se rendrait au procès pour témoigner que tous les autres cités décidèrent de le faire disparaître. Aussitôt occis le gnome, les responsables furent pris en grippe. Ceux-ci faisaient coup double, éliminant une dangereuse contribution au procès et un agent de l’administration fiscale du royaume, tous étant soumis aux douloureuses impositions du nain. La rumeur se répandit d’une mort suspecte, poussant le peuple à une jacquerie, et le blanc de la neige hivernale fut rougi du sang des manants en révolte. A la lâcheté, les élites ajoutèrent l’ignominie. Ce n’est qu’au printemps 1649 que le calme fut rétabli en Gévaudan.

    Épilogue

    Abandonnée puis oubliée, la chaumière des deux sorcières fut réoccupée quelques années plus tard. Un jeune charbonnier y élut domicile vers 1699. La maison, à cause de la réputation des anciennes propriétaires était restée quasi intacte. Le charbonnier retrouva nombre d’ingrédients desséchés ou en poussière. Déjà instruit de beaucoup de choses de la nature de par sa vie d’homme des bois, le charbonnier repris petit à petit l’activité des deux femmes, jusqu'à devenir un rebouteux connu. Il fut un jour visité par Pierre Charles de la Molette, marquis d’Apcher et son fils Jean-François Charles de la Molette, comte de Morangiés. Le marquis d’Apcher, ami intime du marquis de Sade, avait besoin de quelques potions afin de raffermir sa virilité pour mettre en œuvre les recettes apprises de son divin ami. Cette visite fut le début d’une amitié tout aussi glauque entre le marquis de Morangiés et le fils du charbonnier, Jean, qui devint l’éminence grise du noble dans ses noirs desseins. Ces deux la ne pratiquaient pas la médecine douce, ce qui fit quelques remous en Gévaudan vers 1764.

    Le Charbonnier s’appelait Chastel.

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    Bonjour amis lecteurs !

     

    Dans le cadre de mon nouveau projet "légendes de nos régions", j'ai un peu élargi la région,puisque je vous présente une légende celtique, mais écrite par un auteur bien de chez nous...

    Je vous présente aujourd'hui la première partie d'une légende écrite par Walter Katt et les Phénomènes de Corneghem sa page Facebook est Ici...

     

     

    Je ne saurais trop vous conseiller d'aller la visiter... elle est superbe !!!!

     

    LA LÉGENDE DU CELTE VOLANT / Les Larmes du Sanglours

    (première partie)


    "Promenons-nous dans les Temps Celtiques !

    Il était une fois, en Irlande, un barde itinérant qui se nommait Kalaël.
    Barde itinérant signifiait à l’époque qu’il louait ses services poétiques aux chefs de clans les plus offrants.

    Kalaël se présenta un soir à la cour du puissant Angus Mc Fioll, chef du clan des Mc Fioll. Mais il trouva un vieil homme accablé. Tassé sur son trône, Angus semblait un petit homme perdu au bord d’un abîme de tristesses. Aussi, le barde lui proposa son aide.

    Le vieux chef releva lentement sa tête couronnée de longs cheveux blancs et dit d’une voix lasse :
    - Si tu réussis à sauver mon clan, je te récompenserai au-delà de tout ce que tu peux espérer.

    Et Angus Mc Fioll raconta au barde son histoire et lui confia son grand secret :

    - Depuis de très nombreuses années, les princes, les rois et les empereurs de ce monde envoient leurs émissaires en Irlande afin de se procurer à prix d’or le Whiskey distillé par le clan des Mc Fioll. Car on dit que ce Whiskey est le nectar des Dieux. Et je possède le secret de sa distillation.
    Dans cette eau de vie… il y a les larmes du Sanglours !

    Le Sanglours est un animal mythique, dangereux, qui a le corps d’un ours et la tête d’un sanglier. Dans ma lointaine jeunesse, au cours d’un périlleux voyage, j’ai rencontré un Sanglours. C’était en Armorique, au plus profond de la forêt de Brekilien. Un légende rapporte que si l’on parvient à faire pleurer le Sanglours, il laisse la vie sauve au voyageur et lui offre ses larmes. Elles sont magiques !

    Je suis parvenu à faire pleurer la bête. Je lui ai raconté comment, au cours de mes chasses sanglantes, j’étripais les sangliers à mains nues. J’ai narré, dans le détail, comment je m’amusais à fouiller leurs entrailles, à déballer leurs tripes afin de les suspendre aux branches basses des conifères.
    Le Sanglours a pleuré et j’ai gonflé mon outre de ses larmes.

    De retour au pays, l’idée m’est venue de faire tomber une de ces larmes dans un tonneau de Whiskey. Et ce fut la révélation : une seule goutte pouvait transformer le Whiskey Mc Fioll en nectar divin. Et les années ont passé. La renommée de notre nectar s’est étendue loin au-delà de l’Irlande. Le nom des Mc Fioll a franchi les pierres de la Grande Muraille de Chine !
    Mais tout au long de ces années, goutte après goutte, l’outre s’est vidée.

    Aujourd’hui, ma gourde précieuse est flasque et sèche comme la poche de la cornemuse du sonneur breton mort de soif ! Le dernier tonneau de nectar à été mis en perce. Bientôt, il ne restera plus rien de la grandeur du Clan Mc Fioll. Car vois-tu, bien que je sache où trouver le Sanglours, je suis trop vieux et n’ai plus la force d’entreprendre un tel voyage. Alors, pour palier à ma défaillance, j’ai cherché un champion parmi mes barons. Mon espoir a été déçu. Même les guerriers les plus vaillants ont reculé en tremblant devant l’ombre du Sanglours. Personne n’ose relever le défi. Pourtant, ce que j’ai réussi montre que l’exploit n’est pas hors de portée d’un homme courageux et déterminé."

    (à suivre …)


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